Plus de 3 400 migrants morts en Méditerranée en 2014, 300 dans la seule deuxième semaine de février 2015, tel est le dramatique bilan de la politique de fermeture des frontières menée par l’Union européenne (UE), de Ceuta et Melilla en face de Gibraltar, au fleuve Evros, en Grèce du Nord. La France n’échappe pas à cette politique d’érection de murs opposés à migrantes et migrants. Non pas en Méditerranée, mais à Calais. Un récent rapport d’Human Rights Watch (HRW) vient de dénoncer les conditions de survie imposées aux quelque 3 000 migrants qui, à Calais et dans le Calaisis, attendent soit une opportunité de passer clandestinement en Angleterre, soit l’incertain résultat d’une demande d’asile déposée en France : au dénuement total dans une situation d’extrême précarité s’ajoutent répression et exactions policières, entre passages à tabac et attaques au gaz lacrymogène. Dans la ligne de la multiplication des évacuations visant les Roms, trois squats ont été évacués et fermés à partir de mai 2014. Et en ce début avril, c’est l’ensemble des campements de fortune qui est menacé de destruction. Depuis l’été dernier, les associations de soutien aux migrants actives à Calais ne font qu’appeler l’attention des autorités politiques et du public sur les conditions d’insoutenable insalubrité et de promiscuité inadmissible régnant dans d’aléatoires campements de fortune : pas d’adduction d’eau digne de ce nom, pas de sanitaires, pas d’élimination des déchets, pas de possibilité de chauffer des aliments si ce n’est sur des foyers de fortune alimentés par des matériaux souvent toxiques, pas de nourriture régulière, pas de services sanitaires. Avec le dénuement matériel se combinent la détresse morale entraînée par la perspective incertaine d’une traversée pour le moins risquée, les contrôles policiers, les menaces d’expulsion, les pressions exercées par les passeurs, les inévitables conflits, les violences policières dénoncées par HRW. S’y ajoutent les expériences traumatisantes que l’on peut s’imaginer dans le passage de la Méditerranée et au cours de la traversée de l’Europe. Aux Afghans et aux Irakiens ont maintenant succédé Soudanais, Erythréens et Syriens, dont les pays de l’UE n’acceptent que des contingents extrêmement restreints alors que le Liban accueille plus d’un million de réfugiés. Migrants « illégaux » sans doute, mais dont le seul crime est d’avoir fui des situations extrêmes de guerre ou de répression. Que fait le gouvernement français ? Le 3 novembre 2014, Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, s’est rendu à Calais. Il y a dit sa volonté de soulager la « détresse des migrants », considérant que c’était un « devoir d’Etat ». Il a signé avec la sous-préfecture de Calais une convention permettant la création d’un centre d’accueil de jour de 400 places. Limité à la journée même en plein hiver, ce mini Sangatte est à l’évidence insuffisant pour accueillir les migrants en attente en Calaisis, parmi lesquels femmes et enfants. Le rapport de HRW montre qu’il se résume pour l’instant à des « services limités ». Le centre d’accueil promis à Calais n’est qu’un fragile paravent, aux apparences humanitaires. Le 20 septembre 2014, le même Bernard Cazeneuve a obtenu de son homologue britannique, Theresa May, un montant de 15 millions d’euros sur trois ans pour l’installation et le contrôle de clôtures de sécurité ; elles doivent interdire aux migrants tout accès au port. De plus, trois jours après sa visite à Calais, le ministre a convoqué à Paris un G6 (élargi) des ministres de l’intérieur autour des questions du terrorisme et de flux migratoires. Il a encouragé, aux frontières méridionales de l’Union européenne, le passage de l’opération « Mare Nostrum » à l’opération « Triton ».

 

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