L’Islande a des problèmes de riches. L’année dernière, la petite île luthérienne du Nord a enregistré plus de 7 % de croissance (11,3 % au quatrième trimestre !), le nombre de ses touristes a bondi de 40 % et son taux de chômage n’a pas dépassé 3 % de la population active… Conséquence, les salaires connaissent des progressions à deux chiffres sans déclencher pour autant de tensions inflationnistes, grâce à l’appréciation de la monnaie du pays, la couronne islandaise. Frappé au cœur par la crise financière de 2008 à cause de son système financier hypertrophié, ce pays de seulement 320 000 habitants (moins que Nice) s’est spectaculairement remis des turbulences financières. Après une chute de près de 7 % en 2009, la croissance est repartie dès 2011, en partie grâce à l’effondrement de la couronne qui a permis un afflux de touristes. Mais, aujourd’hui, les fluctuations de la couronne islandaise, facilement balayée par les flux entrants ou sortants de capitaux, commencent à inquiéter la fragile coalition au pouvoir. La monnaie nationale ne cesse de faire le yo-yo face aux autres devises. En un an, elle s’est appréciée de 22 % face à la livre sterling, de 17 % vis-à-vis de la couronne suédoise et de 15 % face à l’euro, selon l’Agence France-Presse (AFP). Ce mouvement de hausse augmente le pouvoir d’achat des ménages qui peuvent plus facilement se payer des produits importés, mais il handicape les entreprises exportatrices. Notamment dans le secteur de la pêche et des mines, piliers de l’économie islandaise. Quant au tourisme, qui a explosé, il pourrait ralentir. « On a validé 40 % de devis en moins pour juillet 2017 par rapport à l’an passé », explique un agent de voyages français à Reykjavik, cité par l’AFP. « Sur les voyages organisés, il semble qu’on arrive à un niveau de prix qui soit assez dissuasif », abonde Bertrand Jouanne, manager général de l’agence islandaise Ferdakompaniid, toujours à l’AFP. Au point que le gouvernement a confié à des experts le soin de réfléchir au meilleur moyen de stabiliser la couronne et d’éviter des fluctuations par trop erratiques. À la hausse comme à la baisse, d’ailleurs. C’est dans ce contexte que le ministre de l’Économie s’est exprimé en faveur d’un arrimage de la couronne à une autre monnaie, sans cacher sa préférence pour… l’euro. L’idée serait d’interdire la monnaie islandaise, de s’écarter trop de la monnaie unique européenne, l’UE étant un partenaire commercial important. Mais une autre devise pourrait être choisie, comme la monnaie norvégienne, la livre sterling ou encore le dollar. La Banque centrale islandaise perdrait alors de son autonomie dans la conduite de sa politique monétaire puisqu’elle serait obligée de vendre des couronnes en cas de hausse démesurée ou, au contraire, d’acheter des couronnes en cas de baisse excessive. Ce qui entamerait les réserves de change du pays accumulées grâce, notamment, aux revenus du tourisme. Si le Premier ministre a immédiatement précisé qu’il ne s’agissait là que d’un avis personnel et que rien n’était tranché, cet épisode illustre les inconvénients d’un système de change flottant pour un petit pays ouvert au monde, dont la monnaie fluctue au gré de brusques mouvements de capitaux (les investisseurs étrangers investissent en ce moment pour construire les infrastructures touristiques nécessaires pour faire face au boom, par exemple des hôtels). Après plusieurs années de restrictions, la petite île nordique vient en effet de lever les dernières restrictions qui empêchaient les Islandais de placer leur argent où bon leur semble. Source: Agence séminaire Islande

 

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