Donald Trump a une nouvelle fois mis en garde mardi la Corée du Nord après le tir d’un missile balistique au-dessus du Japon, mais le président américain a opté pour un ton relativement mesuré avant une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a dénoncé une « menace grave et sans précédent » tandis que, dans la première réaction de la Corée du Nord, son ambassadeur à l’ONU Han Tae-Song invoquait le droit à l’autodéfense face aux « intentions hostiles » affichées par les Etats-Unis qui participent à des manoeuvres avec Séoul. « Les actions menaçantes et déstabilisantes ne font qu’accentuer l’isolement du régime nord-coréen dans la région et dans le monde. Toutes les options sont sur la table », a déclaré M. Trump dans un communiqué dénonçant le « mépris » du régime de Kim Jong-Un pour tous les membres des Nations Unies. Interrogé sur ses intentions alors qu’il quittait la Maison Blanche pour rejoindre le Texas qui lutte face aux inondations, il est resté évasif: « Nous verrons, nous verrons », a-t-il simplement lâché. Ces propos contrastent avec ceux prononcés après les tests de missile intercontinental balistique (ICBM) menés par Pyongyang le mois dernier, lorsque le président américain avait promis de déchaîner « le feu et la colère » sur la Corée du Nord. « Tir de missile. Veuillez vous abriter »: des millions d’habitants du nord du Japon ont reçu mardi au réveil par texto un message du gouvernement, et les sirènes ont retenti dans le nord du pays. Le trafic ferroviaire a été temporairement suspendu. « Toutes les lignes sont perturbées. Motif: tir de missile balistique », pouvait-on ainsi lire à Sapporo, principale cité de l’île d’Hokkaido, dans le nord de l’archipel. La dernière fois qu’un engin nord-coréen avait survolé le Japon remonte à 2009. C’était un tir de satellite, assurait Pyongyang. Mais d’après Washington, Séoul et Tokyo, il s’agissait d’un test déguisé d’ICBM. Le dernier missile a été tiré de Sunan, près de Pyongyang, à 05H57 (20H57 GMT lundi), et a survolé le Japon, a expliqué l’état-major sud-coréen. L’engin a parcouru 2.700 kilomètres à une altitude maximum d’environ 550 km avant de s’abîmer dans le Pacifique. Il a été tiré vers l’est, et non en direction de Guam, à environ 3.500 km de la Corée du Nord. M. Abe a dénoncé un « tir inacceptable » qui « nuit considérablement à la paix et la sécurité de la région », précisant que Tokyo avait protesté auprès de Pyongyang. Le Premier ministre a ajouté s’être entretenu avec M. Trump pendant 40 minutes au téléphone. Les deux alliés sont convenus « d’accentuer la pression » sur la Corée du Nord », selon la Maison Blanche. Mais la Chine, principal allié et partenaire commercial de la Corée du Nord, a appelé toutes les parties à la retenue. Si la situation est à un « tournant », « les pressions et les sanctions » contre Pyongyang « ne peuvent fondamentalement résoudre le problème », selon la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hua Chunying. La Russie s’est dite « extrêmement préoccupée », dénonçant une « tendance » à « l’escalade » des tensions. Et la chef de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, a exhorté Pyongyang à « s’abstenir de toute nouvelle action provocatrice ». Le Nord s’est vu infliger début août une septième volée de sanctions, visant à le priver d’un tiers de ses recettes d’exportations. Tout missile lancé vers Guam survolerait le Japon et les analystes expliquent que ce dernier tir constitue un énorme défi à la fois pour Tokyo et Washington. Lorsque le Nord avait tiré ses deux ICBM en juillet — un « cadeau » aux « salauds d’Américains » selon le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un –, ceux-ci avaient adopté une trajectoire en cloche, permettant d’éviter le Japon. Pyongyang avait semblé mettre sur pause son projet de tirer quatre missiles sur Guam, ce qui avait fait dire à M. Trump que le Nord commençait à « respecter » les Etats-Unis.

 

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